Quel être humain as-tu envie d’être, toi ?

Quel être humain as-tu envie d’être, toi ?

L’envie d’écrire, mais quoi ?

Comment tu démarres un billet après des actes qui dépassent tous les mots ?

En janvier j’avais écris cet article, que j’avais illustré par un dessin me représentant embrassant un noir, un arabe, un asiatique, une femme (Facebook n’a pas aimé, d’ailleurs). Aujourd’hui j’ai réuni d’anciens dessins d’amour. En souvenir d’une conversation cet été avec mon amoureux, après les attentats d’Ankara. Je pleurais devant les visages des victimes, nous en avons parlé. A la fin de la conversation, un peu honteuse, je lui ai dit que j’étais gênée d’avoir, malgré tout, envie de lui.

On s’est alors dit que faire l’amour, c’était un « Fuck off » presque politique dans ce cas-ci. Car c’est l’horreur absolue pour ces gens-là. Le subversif dans toute sa splendeur. Aimer l’autre, aimer le cul, aimer sa famille, aimer. 

 

Ne pas leur laisser gagner du terrain

Ne pas leur laisser gagner du terrain dans nos coeurs. Je repense à Marianne Pearl, après l’annonce de la mort de son mari Daniel Pearl qui disait

« Ces gens veulent nous terroriser. Je ne suis pas terrorisée. »

Angelina Jolie a joué son rôle dans l’excellent film A Mighty Heart (avec Marianne Pearl comme co-réalisatrice), je vous laisse voir un bel extrait.

Il faut tellement, tellement essayer de ne pas leur faciliter la tâche. Là, je renvoie à l’article écrit l’année dernière, l’amour de son prochain. Là je vous invite à vous mettre dans les pattes de l’autres, à ne pas créer de monstres, à ne pas céder aux amalgames faciles. Je vous invite à vous mettre « à la place de » :

  • celle d’un migrant,
  • celle d’une victime,
  • celle d’un musulman,
  • celle d’un jeune de cité qui pense à aller en Syrie,
  • celle de votre voisin de pallier,
  • etc…
  • et celle de mon héroïne Latifa Ibn Ziatem (mère d’une des victimes de Mohamed Merah)

Ce qu’elle fait ? Un travail exemplaire qui consiste à écouter les jeunes de banlieues, leur donner de l’amour, dont ils manquent cruellement. Parfois il n’en faut pas plus pour infléchir sur la route d’un gamin qui songe à aller rejoindre l’EI.

Je vous invite donc à faire cet énorme travail tel Rithy Panh, écrivain et réalisateur que j’ai découvert au Cambodge, rescapé du terrible régime des khmers rouges, qui souhaite remettre de l’humain dans les tortionnaires, comprendre d’où ils viennent, leur histoire.

C’est trop simple pour eux d’en faire des monstres : ça excuse tout. Non, ce sont des gens. 

Et traitez-moi de folle, mais j’ai aussi pleuré pour les frères Kouachi. Pourquoi ? Parce qu’ils étaient aussi les fils de quelqu’un. Comprenez-moi : je déteste individuellement les agresseurs, mais je ne peux pas me permettre de haïr tous ceux qui le seraient potentiellement, ceux chez qui Daech trouve une « clientèle » comme le dit ici Marc Trevidic. Ceux-là, ils faut les écouter.

 

Quel humain as-tu envie d’être ? 

As-tu envie d’être celui qui réunit ? Ou être celui qui divise ? Etre celui qui pointe du doigt ou qui ouvre ses bras ? 

Dans toutes les situations de crise on voit des héros se dessiner. C’est cet homme en Tunisie cet été qui protège sa famille en faisant face au terroriste, c’est cet homme à Beyrouth, Adel Termos,  qui enlace le terroriste et se fait sauter avec lui pour l’empêcher d’entrer dans une mosquée. Ce sont les résistants, ce sont des gens. Ce sont les parisiens hier qui traînent les victimes par les bras alors que le feu est encore ouvert. Qui est-ce que j’aurai été ? 

Hier je disais ça, et on m’a répondu

« Moi aussi j’aurais fait face et me serai fait sauter avec le terroriste »

Vraiment ? Moi je ne suis personne pour affirmer une chose pareille me concernant. J’aimerais être une personne qui secours, qui protège et ne pense pas qu’à elle. Mais comment savoir ? 

Ce que je suis en mesure de faire, vu que je ne suis pas sur le terrain, c’est d’ouvrir mes bras, mon coeur, et de choisir avec parcimonie ce que je partage sur les réseaux sociaux et autre. Ne pas faire de ma peur personnelle une loi. Nos peurs n’ont jamais à légiférer. Et certains l’ont souligné avec tant de courage et de dignité.

(Ici le reportage Le coeur de Jénine : un enfant palestinien est tué par des tirs israëliens. Les organes du garçon seront distribués à d’autres enfants en danger, eux-mêmes israëliens.)

 

Je ne ferai pas partie de ceux qui partagent des messages accusateurs, des raccourcis, ou qui s’arment et trouvent dans ces évènements une légitimité à leur colère personnelle, et enfin quelqu’un (tous les musulmans réunis) qui remplit parfaitement le rôle voulu : la cible, le monstre à abattre. 

Le monde se divisera vite en deux catégories sur internet, soyez vigilant. Ceux qui sont dans l’amour, ceux qui sont dans la division. 

( On va aussi entendre des choses punitives comme « Pourquoi pleurer plus pour Paris que pour ailleurs, les horreurs sont partout »

C’est vrai, mais tout le monde n’a pas la disponibilité d’esprit ou l’envie de faire face aux horreurs quotidiennes, et oui, ça change quelque chose quand c’est chez toi, que tu ne peux pas regarder ailleurs. Je sais que mes partages sur ma page Facebook personnelle concernant les attentas à Ankara, Beyrouth ou les migrants ont moins de like qu’une anecdote débile. Ben je comprend. Parfois je trie moi aussi ce que je veux lire. 

J’embrasse tous les désillusionnés que se réveillent aujourd’hui dans la tourmente, et ne peuvent pas détourner le regard.)

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Hier soir j’apprenais tout ça, j’étais dans mon ancien chez-moi à Bruxelles, en terrasse. On pensait que ça aurait pu être nous. Comme le disait un ami sur Facebook :

  • Je suis dans une salle de concert.
  • Je suis bourré en terrasse avec des copains.
  • Je suis attablé dans un restau avec la femme de ma vie.
  • Je suis dehors dans le Paris qui sort et qui respire ses libertés festives.

Hier soir dans le bar nous étions de toutes les couleurs.

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