Aéroports, terrains de jeu de mes émotions

Aéroports, terrains de jeu de mes émotions

Je ne sais pas quand tu lis ça, lecteur. Peut-être durant les heures suivant la publication de cet article, peut-être des années plus tard. Peut-être que je vis sur un autre continent, à l’heure qu’il est, peut-être que j’ai publié ma première bd, peut-être que je suis mère ? J’en sais rien.

Quoi qu’il en soit, à l’heure où j’écris ces lignes je suis sur l’île de Koh Rong Sanloem, au Cambodge. Ma mère lit dans le bungalow, moi je suis au restaurant de l’hôtel, devant une margarita. Un orage gronde sur l’océan indien, et en arrière-fond passe une chanson que j’aime mais dont je ne me souviens plus de nom de l’interprète. Damon Albarn ? J’en sais rien.

Quoiqu’il en soit, dans « l’aujourd’hui » qui est le mien, il me reste 21 jours avant de franchir une nouvelle fois la frontière canadienne. Québécoise. Aéroport de Montréal. Dans 5 jours je ferai un bref passage à Bangkok, puis un autre bref passage à Bruxelles, Lyon deux semaines, Paris 2 jours le temps de me faire tatouer et d’embarquer dans mon avion, direction : Montréal.

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Les aéroports de mes amours

Il y un peu moins de 2 ans, je débarquais à Montréal, seule, laissant derrière moi une histoire d’amour intense de deux ans.  A l’aéroport de Bruxelles, j’avançais hagarde, mon tout futur ex-amoureux contre moi. Devant la zone de contrôle des passeports, nos pas se sont arrêtés, nous nous sommes regardés, et quoi ? Sans doutes embrassés, le plus possible. Sans doutes qu’on s’est serrés l’un contre l’autre, qu’on s’est remerciés, qu’on s’est souhaité le meilleur. Je me souviens surtout m’être dit : mon cerveau ne va jamais réussir à envoyer aux muscles de mes jambes l’ordre de se détacher de lui, de son odeur, et d’avancer seule aux travers de ces portes, vers cet homme qui attend mon passeport. 

Pourtant je l’ai fait. Et une fois la porte passée, une fois sa silhouette disparu, je pense qu’à cet instant précis j’ai eu une poussée de croissance 🙂 

J’étais seule maître à bord, j’étais triste certes, mais j’ai su que tout irait bien. 

Oh il y a eu d’autres aéroports avec cette personne. Durant la relation nous nous sommes donné rendez-vous à Bangkok, nous avons franchi ensemble l’aéroport de Kathmandou, de Pohakara, de Lhassa.

Il a fallu d’autres aéroports pour réussir à vraiment se détacher. Montréal encore, New York, Nouvelle Orléans, Bruxelles…

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Les aéroports de ma famille

J’ai appris la mort de ma grand-mère dans l’aéroport de Bruxelles. Déjà à moitié en larmes pour d’autres raisons que je vous épargne, en partance pour Lyon pour l’anniversaire de ma mère, j’appelle mon père et préviens que je viens, mais que je ne vais pas être au top de ma forme. J’étais alors en train de presque courir dans l’immense hall de Zaventem, cherchant fébrilement ma porte d’embarquement quand il m’annonce que ça ne sert à rien de venir, que ma grand-mère est morte, qu’il faudra qu’on aille à Cannes pour l’enterrement. Je me suis assise sur un siège, devant ma porte, enfin, la dernière (easyjet était toujours au bout du bout de l’aéroport, genre t’es puni d’être pauvre) et j’ai pleuré une demi-minute. Puis j’ai raccroché, j’ai appelé une amie, et j’ai ri à gorge déployée comme une folle en déblatérant que vraiment, y’a des jours, hein, ma bonne dame ! Et que j’allai aller me vautrer dans de la vodka, du chocolat, en compagnie de mon chat. Ce que j’ai fait. 

Récemment, j’ai été cherché ma mini-maman à l’aéroport de Phnom Penh. En skype avec mon chum je lui disais

« c’est drôle, pour moi les aéroports c’est toujours une tête d’amoureux qui surgit quelque part, et là c’est ma mère! »

Elle pétait la forme, toute petite et colorée, et voulait déjà partir à l’assaut de son premier voyage hors de l’Europe, faisant fi du décalage horaire !

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Aéroports de mon indépendance

Mais le fait est qu’à chaque fois, ces passages solitaires de ligne, de marquage au sol, de panneaux lumineux sont porteurs de sens. Une rupture ? Une retrouvaille ? Surtout le fait de pouvoir seule s’avancer vers un nouvel inconnu. Je m’avance seule dans l’aéroport de Milan, de Chiang Mai, de Phuket, de Phnom Penh, de Berlin… Les aéroports sont devenus un terrain connu pour moi. 

Je sais y pleurer quelqu’un que je quitte, je sais chercher le sourire de la personne que je retrouve, je sais me dire «tout ira bien » ou « merde! y’a que des taxis privéééés… »

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Bref, Love actually, quoi !

Ou j’en viens ? J’en viens que dans 21 jours, je vais à nouveau franchir ce bureau d’immigration, cette barrière, et retrouver une nouvelle personne. Pas si nouvelle, mais ce sera notre première retrouvailles d’aéroport. Je pense au film Love Actually (on a les références qu’on peut, et j’adore ce film), à la scène de démarrage et de fin, dans un aéroport. La voix off dit quelque chose comme « c’est un lieu où l’on voit peu de haine, qui concentre surtout la beauté de l’être humain ». Enfin c’est mon souvenir, je vous met la vidéo originale. (mais je ne traduis pas mon souvenir 🙂 )

Je pense que c’est vrai. Je suis toujours dans un sentiment fébrile dans un aéroport, amoureuse, triste, excitée du départ, résiliente d’une épreuve, attendrie, mélancolique… 

Les aéroports, les gares, les ports, sont les linteaux de portes menant vers nos nouveaux espaces. 

Dans 21 jours, mais en fait ça fait presque 20 maintenant, il est tard.

Et 20 jours, c’est moins que 3 semaines.

Donc on peut dire « un peu plus de 2 semaines »

2 semaines, c’est presque demain, non ?

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